« Qu’est-ce que nous révèle la crise du Covid19 ? Quelle résilience alimentaire sur notre île ? »

Dès l’annonce du confinement, les insulaires ont ressenti le besoin de sécuriser leur approvisionnement alimentaire et ici comme sur le continent, nous avons vu dans nos supermarchés nombre de consommateurs venir y constituer des stocks…
Le mode d’approvisionnement alimentaire actuel, centralisé (importance des Marchés d’Intérêt Nationaux et des très grandes surfaces), et mondialisé pour une grande part, n’est pas compatible avec une raréfaction de l’approvisionnement en pétrole, le ralentissement des échanges et des transports, la réduction des importations… Le moindre grain de sable informatique, énergétique ou sanitaire comme nous le montre la crise planétaire actuelle du Covid19, nous interroge sur les incohérences et les fragilités de notre « système ».
Après la seconde guerre mondiale l’Etat se préoccupait de la sécurité d’approvisionnement alimentaire, et menait une politique en conséquence. Puis, progressivement il a transféré la responsabilité de l’approvisionnement, du stockage et de la distribution aux acteurs du secteur privé en vertu des fameuses lois du marché et du « laisser-faire » qui répondraient au mieux à toutes les difficultés.
Or, l’autonomie alimentaire des villes n’est que de trois jours, selon l’Institut National de la Recherche Agronomique et de l’Environnement ! Les campagnes n’ayant que peu de producteurs locaux diversifiés – et c’est malheureusement souvent le cas aujourd’hui du fait du développement des grandes cultures à l’exportation, de la spécialisation et de la disparition de très nombreuses fermes – sont donc dépendantes, elles aussi, des Marchés d’Intérêt National (MIN) et des importations. L’île d’Yeu dépend à hauteur de 95% du continent pour son alimentation.
Nous risquons tous des ruptures d’approvisionnement. Il ne s’agit pas d’affoler et d’inciter les gens à stocker, mais de réfléchir collectivement à un plan de sécurité alimentaire, pour maintenant et également à plus long terme.

Que peut-on faire ?
A court terme et tant que dure la crise de ce nouveau coronavirus, nous devrions éviter les réflexes de stockage qui aboutissent à des rayons vides et à des difficultés d’organisation pour le GMS, et vérifier l’état des réserves familiales en bocaux et autres formes de conservation. Nous pouvons également nous occuper de nos potagers pour avoir une récolte abondante aux beaux jours… En attendant nous pouvons être solidaires en cas de besoin

A moyen et long terme
Produire localement
En 1951, 48% du territoire était cultivé contre seulement 5% aujourd’hui. Il ne s’agit pas de viser l’autonomie totale. Ce serait difficile compte tenu de nos habitudes alimentaires actuelles et de l’extension des surfaces bâties ou réservées aux jardins d’agrément et envahie par la friche arbustive.
Il serait souhaitable de développer une agriculture respectueuse de la santé des hommes, de la biodiversité et de favoriser une plus grande autonomie alimentaire en augmentant les surfaces cultivées sur l’île, en diversifiant la production et en adaptant nos circuits commerciaux.
Renforcer le projet Terres Fert’ile
Il faut renforcer l’action menée par le Comité de développement agricole (CDA) dans le cadre du projet Terres Fert’ile, en protégeant les fermes existantes, en aidant des porteurs de projets à s’installer et en suscitant des vocations.
Mettre les terres agricoles à disposition des agriculteurs
Pour développer l’agriculture encore faut-il que les propriétaires de terrains agricoles acceptent de les mettre à disposition des agriculteurs. Pour l’heure nous constatons de trop nombreuses réactions de rétention, qui non seulement ne sont pas conformes à la loi, mais sont également contraires à l’intérêt général. Terres Fert’ile a jusqu’à maintenant utilisé l’information, la concertation et la persuasion, mais il pourrait arriver un jour où il faudra mettre en œuvre, à l’instar d’autres communes, la procédure dite des « Terres incultes ».
Encore faut-il également que nous trouvions des solutions adéquates pour l’eau nécessaire aux activités agricoles et pour le logement des agriculteurs.
Enfin, encore faut-il que la Loi littoral évolue afin de permettre l’installation des bâtiments d’exploitation indispensables à toute activité agricole. Dans le cadre du RAIA (Réseau Agricole des Îles Atlantique), nous avons entrepris de construire, un plaidoyer auprès des élus (maires, régions, sénateurs et députés) pour que la Loi Littoral ne soit pas un frein à l’installation de fermes comme cela a été récemment le cas dans plusieurs îles.
Sauvegarder les potagers.
Il nous semble également que la protection et le développement des surfaces potagères familiales et vivrières (potagers, jardins collectifs ou familiaux…) seraient utiles pour augmenter la résilience alimentaire de l’île.

Il faudra certainement s’atteler à faire un diagnostic des effets pervers liées aux fluctuations saisonnières inhérentes à la fréquentation touristique. Pour pallier la précarité engendrée par la dépendance au tourisme, les variations brutales de la demande et son imprévisibilité, peut-être faudra-il développer des activités de transformations insulaires à forte valeur ajoutée au sein d’une structure coopérative ?  Pour sécuriser l’alimentation de la restauration collective (Ecoles Collèges Ehpad) et de l’ensemble habitants à l’année peut-être devrions nous réfléchir à des formes de production et de commercialisation adaptées (Régie communales, maraîchage subventionné pour l’approvisionnement des cantines, AMAP…).

Ces questions se posent partout en France tant la déprise agricole depuis un siècle s’est accompagnée d’une spécialisation au détriment de la variété de l’offre alimentaire locale, séparant toujours plus le consommateur du paysan.  Contrairement à d’autres pays nous n’avons pas maintenu de ceinture vivrière autour des villes et des lieux d’habitation, et ce même à la campagne… et sur les îles.
De même qu’il y a des plans régionaux de veille et sécurité sanitaire, de prévention des risques en matière d’eau, de feux, de tempêtes, il nous semble important d’intégrer la question de l’approvisionnement alimentaire dans un plan plus global de qualité de vie sur l’île sur le long terme. Actuellement nos gouvernants planchent sur la question dans l’urgence. Espérons avec succès, pour cette crise-ci ! Mais à plus long terme il nous faut impérativement reterritorialiser, améliorer et renforcer notre souveraineté alimentaire et sanitaire. L’actualité nous le rappelle !

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